Journaliste

 

Le Journaliste à La République du Centre


“Choisi par le Comité de libération, Roger Secrétain était le rédacteur en chef de ce nouveau journal “La République du Centre”. A la différence de son prédécesseur, il paraissait le matin.

Le C.D.L. tint lieu de conseil d'administration jusqu'au 3 novembre 1945, date à laquelle une assemblée générale constitutive créa une “société anonyme à coopérative ouvrière”, éditrice de “La République du Centre“.

Fidèle à l'esprit de la Résistance, Roger Secrétain avait voulu, dès l'origine, donner à son journal un statut d'inspiration démocratique. Précurseur de l'idée d'association capital-travail, ce statut permettait aux représentants élus du personnel de siéger au conseil d'administration et de répartir les profits entre les investissements et le personnel dans une complète indépendance politique, financière et morale.

Vingt-cinq ans plus tard, en 1969, il rappelait son attachement à une formule de presse où “la résistance aux entraînements passionnels, aux propagandes vulgaires, aux excès de langage est tout aussi impérative qu'autrefois, la résistance à l'ennemi”.

Parti de 22.000 exemplaires, le tirage de “La République du Centre” atteignait plus de 80.000, trente ans après.


Après la poursuite dans le vieil immeuble de la rue du Bourdon-Blanc, de l'équipement rédactionnel, technique, administratif de la maison, ce fut en 1969 le saut dans une modernisation radicale. Première de la presse quotidienne française, “La République du Centre” était imprimée en offset et abandonnait la composition traditionnelle en plomb pour la photocomposition sur papier. C'était le résultat de la remarquable gestion de Roger Secrétain et de Pierre Carré, son beau-frère, grâce à la volonté et à l'efficacité duquel cette opération fut techniquement et humainement réussie.

A l'occasion de l'inauguration par François-Xavier Ortoli, ministre du Développement industriel et scientifique, de ses nouvelles et révolutionnaires installations, Roger Secrétain déclarait :

“J'espère qu'on nous rendra cette justice : durant ces vingt-cinq ans, nous n'avons pas mis cette tribune au service étroit d'une politique ou d'un parti, mais déterminé nos choix au-dessus des clans, sur une route largement ouverte, de la même façon que nos colonnes étaient ouvertes aux diverses expressions de l'opinion.”

Sans le trahir, on peut dire qu'il était plus fier d'avoir tenu ses engagements moraux et intellectuels que de sa réussite de chef d'entreprise.

Député, maire, il le fut et avec quelle conscience, mais le titre auquel il tenait le plus était celui de journaliste.

Il réunissait l'ensemble des qualités nécessaires à ce métier qu'il avait lui-même répertoriées : l'aisance à rédiger, la rapidité d'adaptation, la clarté et le bon sens, le don d'analyse et de synthèse. Même si, comme il l'avouait dans sa préface au premier volume de ses chroniques publiées en 1949 : “A vingt ans, je détestais le journalisme, ne supposant pas que la vie m'y conduirait. N'est-il pas tout facilité et démagogie, se situant ainsi à l'antipode d'un approfondissement de la pensée et de l'art, d'un effort littéraire incessant, auxquels un vaste public ne saurait évidemment s'intéresser ? Le journaliste, parce qu'il doit écrire pour les autres, pour beaucoup d'autres, et sur les sujets les plus variés, ne saurait écrire pour lui-même, je veux dire selon l'esthétique qu'il s'est personnellement choisie. Il lui faut, sinon sur le fond, du moins sur la forme - et aussi sur le fond, puisque ces deux notions ne sauraient être raisonnablement séparées - s'évertuer à satisfaire une foule anonyme et diverse, dont les réactions lui demeurent pour une très grande part inconnues.”


Ses éditoriaux furent régulièrement publiés en recueils de 1949 à 1974. Cinq volumes que l'on peut encore relire aujourd'hui pour y prendre des leçons de lucidité, de tolérance et de courage.

Indifférent aux modes, il cherchait toujours dans l'analyse des événements à discerner l'éphémère du durable.

Il s'en dégage les idées maîtresses d'une philosophie politique. L'événement quotidien est appréhendé par un esprit qui, après l'avoir analysé en profondeur, dépasse sa contingence et le replace dans une synthèse historique. Sans doute est-ce pour cela que l'on est étonné, à la relecture, de découvrir que ces articles ont échappé au vieillissement, à cette mauvaise fatalité attachée aux œuvres du journaliste, qui, par la nature de son métier, travaille sur le quotidien.

Un don précieux inspira toute son œuvre de journaliste : le bon sens. Ces mots ont été fort galvaudés. Ce pouvoir d'apprécier sainement, sans exagération ni dépréciation, les hommes et les événements, caractérisé par la mesure, le sens de la valeur relative des choses, est finalement assez rare. On le constate, on en pâtit chaque jour. Que cette faculté conduise à un certain pessimisme, comment pourrait-il en être autrement pour un témoin d'un temps où le fanatisme nourrit “l'impérissable agressivité de l'homme”, où l'abîme entre le progrès des sciences de la matière et le progrès spirituel se creuse toujours davantage.

Jusqu'à sa mort, il fut obsédé par cette profonde crise morale et culturelle qui traverse nos sociétés depuis le début d'un siècle dont il avait presque l'âge.

Marc CARRÉ

1984

Le Journaliste au Républicain Orléanais


“Roger Secrétain entra au Républicain Orléanais en 1927. Situé rue Royale, le journal sortait à 16 heures tous les jours, y compris le dimanche, et appartenait à une famille de Bordeaux qui possédait également dans cette ville “La Petite Gironde”, quotidien à gros tirage. Celui du Républicain était modeste et la diffusion ne dépassait guère les limites de l’arrondissement…

Roger Secrétain débuta, comme il était de règle aux “chiens écrasés”. Il devint rapidement secrétaire de rédaction, puis secrétaire général et en février 1938, rédacteur en chef. Toute la copie lui passait entre les mains avant d’être composée… Pendant longtemps, la rédaction ne compta que 5 journalistes : Roger Secrétain, Louis Nottin, Roger Lemesle, Pierre Thévenin et moi-même. Ses moyens paraîtraient dérisoires aujourd’hui : pas de téléscripteur, pas de sténo ni de dactylo, une seule ligne téléphonique, une seule auto dans les années 30 - celle du directeur - et évidemment aucun des équipements sophistiqués d’aujourd’hui. L’électronique n’existait pas. Principaux outils des journalistes de l’époque : le stylo, le crayon, le bloc-notes, les ciseaux, le pot à colle, le tramway et surtout les pieds.

Charles Leroy

1984